Quand on parle de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), l’environnement est souvent le premier thème qui vienne à l’esprit. Pourtant, cette démarche va bien au-delà. Elle englobe aussi les conditions de travail, la gouvernance, les relations avec les partenaires et l’ancrage territorial. Aux Pépinières Charentaises, cette vision globale s’est renforcée ces dernières années afin d’accompagner durablement l’évolution de l’entreprise et de son métier. Entretien avec Maxime Manière, responsable logistique et QSE, en charge du sujet.
Une démarche RSE dans le sillon de son histoire
« Nous travaillons la terre. Nous ne pouvons pas nous permettre de dégrader notre propre outil de travail. »
Cette conviction résume bien l’état d’esprit des Pépinières Charentaises. Depuis ses débuts, la préservation des sols, de l’eau et de la qualité des productions sont inscrites dans les valeurs de l’entreprise. La démarche RSE engagée depuis 2024 ne constitue donc pas une rupture mais une évolution naturelle.
Après plusieurs années sous certification ISO 14001, les Pépinières Charentaises ont choisi d’aller plus loin en intégrant le parcours Offensiv’PME consacré à la RSE. Ce changement répond à une volonté : ne plus limiter les actions à la seule dimension environnementale mais prendre en compte l’ensemble des enjeux qui font vivre l’entreprise.

Parmi les sept piliers de la RSE, voici les trois axes prioritaires aux Pépinières Charentaises :
La préservation de l’environnement ;
L’amélioration des conditions de travail et la qualité de vie des salariés ;
La construction d’une gouvernance responsable, capable d’assurer la pérennité de l’entreprise tout en restant fidèle à ses valeurs (un terroir, une histoire, des Hommes).
Cette démarche favorise aussi davantage de dialogue. Là où une certification environnementale restait parfois très technique, la RSE implique l’ensemble des collaborateurs. Chacun est invité à comprendre les enjeux, à proposer des idées et à participer aux évolutions de l’entreprise.
Préserver les ressources par l’amélioration continue
Produire des végétaux, c’est composer chaque jour avec la nature. La réduction de l’impact environnemental est donc un axe de travail permanent. Depuis une dizaine d’années, les Pépinières Charentaises participent au réseau DEPHY, qui accompagne les exploitations agricoles dans la réduction des intrants. Elles collaborent aussi avec Astredhor, l’institut technique de l’horticulture, afin d’échanger régulièrement avec d’autres professionnels sur les bonnes pratiques de production, la gestion des ravageurs ou les nouvelles techniques de culture.
Cette dynamique s’appuie aussi sur de nombreux essais réalisés directement à la pépinière. Les équipes expérimentent par exemple de nouveaux substrats enrichis en mycorhizes afin d’améliorer naturellement le développement racinaire, de limiter la pression de certains ravageurs ou encore de réduire les besoins en eau des plantes. Plusieurs stagiaires issus d’écoles d’agronomie viennent aussi conduire des expérimentations sur l’optimisation de l’irrigation ou le comportement des végétaux dans des conditions plus sobres en eau. La gestion de cette ressource constitue en effet un enjeu majeur.
Les Pépinières Charentaises investissent depuis plusieurs années dans leurs infrastructures hydrauliques :
- Réserves d’eau ;
- Récupération des eaux d’arrosage hors-sol ;
- Amélioration continue des réseaux d’irrigation ;
- Pilotage à distance ;
- Outils d’aide à la décision.
Des sondes tensiométriques permettent de mesurer le stress hydrique des plantes afin d’arroser uniquement lorsque cela est nécessaire. Une station météo complète ces observations pour ajuster au mieux les interventions.

Autre exemple concret : le développement du paillage sur certaines cultures. Cette pratique limite naturellement le désherbage tout en réduisant l’évaporation de l’eau afin de préserver davantage les ressources.
Pour Maxime Manière, cette démarche associe l’expérience acquise depuis plus de 180 ans aux connaissances scientifiques les plus récentes. Un bon moyen de continuer à progresser entre tradition et modernité.
Une responsabilisation de tous les acteurs
La RSE ne se limite pas aux pratiques culturales. Elle concerne aussi les conditions dans lesquelles travaillent les équipes. Depuis plusieurs années, les Pépinières Charentaises investissent dans des équipements destinés à réduire la pénibilité des tâches. Les nouvelles planteuses illustrent parfaitement cette volonté.
Grâce à ces matériels, plus de la moitié des plantations en pleine terre ont désormais été réalisées de manière mécanisée, aussi bien pour les arbres que pour les arbustes. Certaines opérations nécessitent aujourd’hui deux fois moins de personnel tout en étant réalisées plus rapidement.
Une planteuse spécifique pour les arbustes a même été développée en interne afin de planter trois rangs simultanément. Au-delà du gain de productivité, cette innovation améliore les conditions de travail, moins éprouvantes que la plantation manuelle avec une pelle-bêche (ou « tranchou »), mais aussi la qualité de la plantation.
Ces évolutions conduisent aussi à repenser l’organisation du travail. Les équipes techniques collaborent directement avec les constructeurs afin d’adapter les machines aux besoins spécifiques de la pépinière et imaginer de nouvelles façons de produire.
Cette modernisation aide aussi à faire évoluer les métiers. Aujourd’hui, des femmes travaillent dans des secteurs où elles étaient encore très peu présentes il y a quelques années. Une évolution qui accompagne naturellement les investissements réalisés pour rendre les postes plus accessibles et améliorer les conditions de travail de tous.

Un engagement pour le territoire
La responsabilité sociétale dépasse les limites de l’entreprise. Les Pépinières Charentaises accueillent chaque année de nombreux apprentis, alternants et stagiaires dans différents services : production, logistique, mécanique ou fonctions support. Cette politique répond à un double objectif : transmettre les savoir-faire et préparer les recrutements de demain.
Conscientes que l’éloignement géographique peut représenter un frein, elles ont même investi dans une maison avec un local social et plusieurs chambres à loyers modérés pour faciliter l’installation des apprentis.
L’entreprise reçoit aussi régulièrement des élèves de collèges, de lycées agricoles ou de Maisons Familiales Rurales pour leur faire découvrir les métiers de la pépinière. Ces rencontres permettent de montrer la diversité des parcours possibles et de susciter des vocations.
La RSE influence aussi les relations avec les clients. Les grandes entreprises comme les collectivités sont de plus en plus nombreuses à intégrer ces critères dans leurs appels d’offres. Les Pépinières Charentaises souhaitent ainsi devenir un interlocuteur reconnu pour son engagement, tout en poursuivant leur implication au sein de l’interprofession afin de promouvoir la production française. Pour Maxime, le plus grand défi reste pourtant humain.
« La difficulté n’est pas d’acheter du matériel ou de lancer un nouveau projet. Le véritable enjeu consiste à embarquer tout le monde dans cette démarche. La RSE fonctionne lorsque chacun, de la direction jusqu’aux équipes de terrain, se sent acteur des évolutions de l’entreprise. »
C’est sans doute cette vision qui résume le mieux la philosophie des Pépinières Charentaises. La responsabilité sociétale n’est pas une finalité ni un label. C’est une démarche d’amélioration continue.
Quand enfin on lui demande l’action dont il est le plus fier, Maxime Manière répond avec le sourire :
« La plus belle, c’est la prochaine ! »
Une manière de rappeler que, comme les végétaux qu’elles cultivent, les Pépinières Charentaises continuent de grandir. Avec l’ambition de devenir (pourquoi pas ?) une référence en matière de RSE parmi les pépinières françaises.

