Depuis près de deux siècles, les Pépinières Charentaises cultivent bien plus que des végétaux. Elles perpétuent un savoir-faire, façonnent un territoire et accompagnent l’évolution du métier de pépiniériste au plus près des jeunes acteurs. De leurs origines au XIXe siècle à leur position actuelle en France, leur histoire s’inscrit dans le temps long. Voyage dans le temps entre tradition, adaptation et innovation constante.

1842-1888 : des origines charentaises à l’ancrage territorial
L’histoire des Pépinières Charentaises débute en 1842 à Plassac, en Charente-Maritime, dans un contexte où l’horticulture repose encore largement sur des pratiques artisanales. À cette époque, la production de végétaux est intimement liée aux besoins locaux et à une connaissance fine du vivant, transmise d’une génération à la suivante.
Cinq ans plus tard, en 1847, l’entreprise s’installe à Angoulême, dans le quartier de la Petite Garenne, sous le nom des « Pépinières de la Petite Garenne ». Cette première structuration marque une volonté de développement, tout en conservant une approche centrée sur la qualité et le temps long.
À partir de 1877, des essais de production en pleine terre sont menés à La Rochefoucauld, Montbron et Montembœuf. Ces expérimentations témoignent d’une recherche constante du terroir le plus adapté à la culture d’arbres, arbustes et conifères.
Le tournant décisif intervient en 1888. Après le décès de son beau-père Pierre Gateau, Pierre Duparc reprend l’entreprise et choisit de s’établir définitivement à Montembœuf, en Charente Limousine. Le territoire n’est pas choisi au hasard : ses caractéristiques naturelles vont profondément influencer la qualité des productions. Les conditions de sol et de climat y sont idéales pour la production en pleine terre. L’entreprise prend alors le nom de « Grandes Pépinières Charentaises », affirmant son ambition et son ancrage territorial.

1888 - 1990 : croissance, épreuves et structuration
Depuis Montembœuf, les Pépinières Charentaises se développent peu à peu au fil des décennies. Le territoire joue un rôle déterminant : situé à plus de 300 mètres d’altitude, doté d’un climat semi-continental et de sols argileux reposant sur un sous-sol granitique, il favorise le développement de systèmes racinaires puissants et de végétaux robustes.
Les années 1920 marquent une phase d’expansion. Mais en 1932, les disparitions successives de Pierre Duparc puis de son fils Daniel fragilisent l’entreprise : sa pérennité est en jeu.
Il faut attendre 1946 pour voir une véritable relance. Jacqueline Duparc, orpheline de Daniel, épouse Armand Daganaud, qui prend la direction de l’entreprise familiale. Passionné de botanique, il redonne un nouvel élan aux Pépinières, qui profitent pleinement des Trente Glorieuses pour se développer dans toute la région.
Dans les années suivantes, la croissance se poursuit et s’accompagne d’une structuration plus formelle. En 1972, l’entreprise devient une SARL sous l’impulsion d’Éliane Guérin, fille d’Armand, et ses activités se diversifient, avec la création des Jardins de l’Angoumois pour les prestations de plantation et d’entretien.
En 1990, une nouvelle génération prend le relais. Éliane prend le relais à la direction aux côtés de son demi-frère Dominique Matti, directeur commercial. Ensemble, ils modernisent l’outil de production et élargissent la clientèle bien au-delà du Poitou-Charentes.
Une entreprise qui s’adapte aux évolutions du marché
À la fin des années 1990, les Pépinières Charentaises opèrent un virage stratégique majeur. En 1998, elles cessent la vente aux particuliers pour se concentrer sur une clientèle professionnelle : collectivités, jardineries et entreprises du paysage.
Cette évolution s’accompagne d’une montée en gamme. Des essais sont menés pour produire des arbres de plus grand développement, notamment en tailles 16/18 et 18/20. L’objectif est clair : répondre aux attentes d’un marché en pleine mutation, en proposant des végétaux de qualité, adaptés aux projets d’aménagement contemporains. Dans cette dynamique, l’entreprise continue d’étendre ses surfaces et d’optimiser son organisation.

Entre tradition, innovation et diversité pour une production durable
L’un des piliers de l’identité des Pépinières Charentaises réside dans leur modèle de production. Fidèles à une vision durable, elles privilégient des densités de plantation faibles et des temps de culture longs. Les terres sont régulièrement mises au repos, garantissant leur fertilité sur le long terme.
La gestion des sols fait l’objet d’une attention particulière : drainage, fertilisation, décompactage… Ces étapes préservent l’équilibre naturel et optimisent la qualité des cultures.
Parallèlement, l’entreprise intègre des techniques modernes pour répondre aux évolutions du marché. Aux 270 hectares de culture en pleine terre s’ajoutent 30 hectares de production hors-sol. Ce complément permet d’élargir la gamme et d’allonger les périodes de commercialisation.
Cette diversité se retrouve également dans l’offre, structurée autour de quatre grandes familles : arbres, arbustes, conifères et fruitiers. La multiplicité des itinéraires techniques mobilisés illustre à la fois la richesse du savoir-faire et la capacité d’adaptation de la pépinière.

Femmes, hommes et avenir : une histoire en mouvement
Depuis 1842, les Pépinières Charentaises ont su traverser les époques en restant fidèles à leur identité. Entre ancrage territorial, exigence de qualité et capacité d’adaptation, elles incarnent une vision durable du métier.
Depuis 2016, l’entreprise est dirigée par Antoine Daganaud et Sébastien de Warren, deux hommes réunis autour d’une passion commune pour le végétal et d’une vision tournée vers l’avenir. Ensemble, ils poursuivent le développement de la pépinière en conciliant héritage et modernité.
Derrière cette réussite, il y a des femmes et des hommes dont l’expertise, l’engagement et la capacité à innover constituent la véritable richesse des Pépinières Charentaises : du choix des cultures à la préparation des commandes, ce savoir-faire vivant évolue en permanence, nourri par l’expérience terrain et les nouveaux enjeux du secteur.
Cette dynamique tournée vers l’avenir s’appuie sur une conviction forte : pour durer, il faut savoir évoluer sans renier ses racines. Les Pépinières Charentaises continuent de se développer en alliant héritage et modernité. Elle s’inscrit également dans une démarche de réduction de son impact environnemental tout en poursuivant ses efforts d’innovation.
Avec près de 300 hectares de cultures aujourd’hui, dont une grande majorité en pleine terre, les Pépinières Charentaises produisent chaque année plus d’un million de végétaux. Une histoire construite dans le temps long, à l’image des végétaux cultivés.

