PARTENARIAT. En une décennie seulement, l’entreprise fondée par Franck Serra s’est imposée comme une référence, notamment dans la renaturation urbaine : « Maître Jardinier » en 2021, il remporte aussi le prestigieux « Coup de cœur des étudiants ». Au cœur de cette réussite, une philosophie de l’écosystème vivant et un partenariat solide avec les Pépinières Charentaises. Rencontre avec deux entrepreneurs visionnaires, Franck Serra et Rémy Muriach, Gérant et directeur commercial.
Vous décrivez votre philosophie comme le « bon sens paysan ». En quoi cette approche a-t-elle guidé vos débuts ?
Franck : Tout commence en 2011, 6 mois après l’obtention de mon BTS et avec un simple camion, dans un territoire loin des grandes métropoles. J’ai forgé l’entreprise sur les valeurs de l’apprentissage et du « bon sens paysan », d’abord au service des particuliers pour avoir un quotidien rythmé par la création. Nous nous sommes fait une place en travaillant sur le temps long. Travailler avec le bon sens, c’est d’abord travailler avec la nature environnante. Accompagnement, conseil, nous cherchons à donner du sens aux aménagements en respectant le temps de la nature, pour une croissance progressive. Après une ouverture vers les marchés publics en 2016, l’année 2021 a marqué un tournant avec l’arrivée de Rémy et notre victoire au Carré des Jardiniers, une aventure collective qui a soudé nos équipes et nos partenaires historiques.
Au-delà de l’aménagement classique, vous parlez souvent « d’écosystèmes vivants ». Qu’est-ce que cela signifie ?
Rémy : Nous évitons de créer des « bulles de rêve » sans lien avec le milieu existant. En Dordogne, les sols sont incroyablement hétérogènes. On est obligés de regarder ce qui pousse autour de nous (schiste, calcaire, sol acide, etc.). L’environnement périphérique nous dicte le choix des essences. Il faut utiliser la nature au maximum et ne pas tomber dans le jardin « hygiéniste » qui ne tolère aucune imperfection : le meilleur nichoir, c’est l’arbre ; le meilleur paillage, les feuilles mortes.
Franck : Le respect du côté naturaliste est fondamental pour la beauté du jardin. Et c’est justement sur ce point que nous avons la même vision que les Pépinières Charentaises : leur gamme a évolué et est totalement différente de celle d’il y a vingt ans.

Justement : comment cette collaboration avec les Pépinières Charentaises est-elle née et pourquoi est-elle devenue si centrale ?
Franck : Elle s’est construite avec le temps, mais elle a été vraiment ancrée lors du Carré des Jardiniers en 2021. En effet, participer à ce type d’événement représente un coût énorme. Pour nous engager, nous avons besoin de partenaires pour porter le projet avec nous, avec un engagement dans la durée. Et les Pépinières Charentaises ont tout de suite manifesté leur soutien.
Rémy : Nous partageons la même philosophie sur le choix des plantes. Ils nous accompagnent, fournissent, et c’est aussi un vecteur d’image très fort pour les événements. Mais le point crucial, c’est qu’ils ont compris l’importance de répondre à une palette végétale complète. Leur réseau leur permet de passer une commande groupée qui inclue des essences qu’ils ne produisent pas eux-mêmes, ce qui nous fait gagner un temps précieux sur nos projets.
Qu’est-ce qui vous garantit que les plants des Pépinières Charentaises s’adapteront à vos projets ?
Franck : À partir du moment où une plante pousse bien dans leur pépinière à 90 km de chez nous, on sait qu’elle a de bonnes chances de s’adapter sur nos sols. C’est la preuve d’une plante acclimatée.
Rémy : C’est aussi un travail d’échange quotidien. Ils nous alertent sur les espèces qui sont à la peine, comme les bouleaux, sorbiers, frênes ou tulipiers qui sont en train de migrer vers le nord. Ce sont eux les experts du végétal.
Privilégier un fournisseur local fait-il partie de vos convictions ?
Franck : Absolument. L’argument écologique de l’empreinte carbone est majeur. Mais il y a surtout la qualité des plants, la réactivité et la proximité. C’est une conviction profonde de travailler avec des partenaires qui partagent notre territoire.
Franck, vous parlez d’écrire une « poésie ». Quel rôle les Pépinières Charentaises jouent-elles dans cette œuvre ?
Franck : Ils sont les producteurs du végétal et nous sommes là pour le mettre en scène. Ils nous donnent les ingrédients pour écrire cette poésie. Un jardin, ce n’est pas un olivier avec des galets blancs. Le pépiniériste nous donne les instruments, et nous composons la partition. Nous allons régulièrement les voir, même si pas assez à notre goût ! C’est toujours un moment très agréable, mais aussi un défi : il faut se forcer à ne pas tout acheter, comme un enfant dans un magasin de bonbons !
Cette complémentarité va au-delà de la simple commande. Vous parlez d’un service 360° ?
Franck : Oui, leur service est très impliqué, ça ne se limite pas uniquement à la culture. Nous sommes formés à notre métier, mais pas à toutes les spécialités du végétal. C’est une force pour eux d’avoir des compétences aussi variées.
Rémy : Ils nous ont conseillés par exemple sur l’évolution des techniques de plantation. Nous avons tendance à planter des massifs plus denses pour un rendu plus touffu, et à utiliser des paillages organiques plutôt que des paillages minéraux. Ce sont eux qui nous guident vers l’innovation écologique sur le terrain.
Si vous deviez donner un exemple concret de projet où cette collaboration a fait la différence ?
Franck : Les projets dans les écoles, car tout est porteur de sens. Le partenaire est proche, il est de bon conseil, et le projet est porteur de sens pour les enfants. Nous en avons réalisé un grand nombre en peu de temps. C’est un beau message envoyé à ces jeunes : leur dire que cet arbre a poussé dans une pépinière près de chez nous. C’est ça, l’éducation au territoire et au temps long.
Comment adaptez-vous votre activité aux évolutions climatiques ou à la pression des clients pour des jardins typiques ?
Franck : Le plus gros du travail est de convaincre que les plantations d’il y a quinze ans ne sont plus d’actualité. Il y a un décalage entre ce que les gens ont vu il y a 20 ans et ce qui est durable aujourd’hui. Je prends l’exemple du tulipier de Virginie : actuellement, la plante souffre avec quatre semaines de sécheresse, pour elle c’est trop. Les demandes de palmiers sont un autre exemple : ils sont sensibles aux maladies… et une plante représente d’abord un coût pour le client, donc il faut qu’elle tienne. En fin d’été, tout le monde veut des jardins méditerranéens mais en hiver, les mêmes végétaux ne tiennent pas le choc. Nous suggérons des plantes apparentées au hêtre, avec une mise en musique « tendance Méditerranée »… et des espèces qui résisteront vraiment. L’origine locale des végétaux est une conviction que nous portons : c’est la garantie d’une meilleure reprise et d’une résilience face au climat.

Quelles tendances observez-vous et quels sont vos projets de développement pour les années à venir ?
Rémy : Les clients demandent des jardins secs et économes en eau. On voit aussi des thèmes émergents, comme l’intégration de la biodiversité et l’explosion des potagers urbains. Les gens veulent que leur jardin produise, et qu’il participe à un équilibre global.
Franck : Pour le développement, nous voulons continuer à prendre du plaisir et à travailler avec passion sur notre territoire. Bientôt, nous pourrons proposer des scènes de jardin différentes qui vont vraiment signer notre philosophie. Je ne parle pas de planche de « showroom » mais bien de lieu où le client achète une vision. Il faut y mettre des matériaux de nos territoires, des végétaux locaux… et vu le temps long, nous devons commencer maintenant si nous voulons avoir un résultat avant la retraite ! Et nous comptons évidemment sur les Pépinières Charentaises pour nous accompagner dans ces projets de jardins à créer (rires) !
Si vous deviez résumer l’avenir du métier de paysagiste en une seule idée ?
Rémy : Rester les pieds sur terre, ancré dans son territoire mais néanmoins ouvert et curieux.
Franck : Notre force est de comprendre l’objectif du client et de mettre des moyens plus durables pour y parvenir. Chaque projet est un défi et le résultat final est souvent bien plus beau que ce que le client imaginait au départ. C’est ça, notre métier : transformer une intention en lieu de vie durable.
Enfin, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite aménager son jardin ?
Franck : Appelez-nous ! Je parle aussi des confrères paysagistes. Chacun de nous a son rayon d’action et il ne faut pas hésiter à faire appel au professionnel local pour gagner du temps et de la pérennité. Les gens sous-estiment l’aménagement par un pro, pourtant il est possible de faire un projet réussi avec une enveloppe moindre, car le professionnel saura voir les priorités et ménager les espaces pour mieux les aménager.


